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Introduction – Un accent sur les erreurs de médication
Ron McKerrow

Depuis le dernier rapport il y a deux ans, le tableau des services de santé au pays a encore subi une transformation radicale. Diverses études provinciales ont été rendues publiques et, récemment, le rapport de la Commission Romanow1 sur l’avenir des soins de santé au Canada a été diffusé. La demande qui s’attache aux services de santé a augmenté et devrait continuer à croître à mesure que vieillit la population canadienne, alors que le financement de ces services évoluait en baisse ou demeurait le même. Il suffit de parcourir les journaux du pays pour se rendre compte que les questions d’accès sont omniprésentes dans le système de santé, ainsi qu’en témoignent la longueur des listes d’attente et la fréquence des annulations d’actes chirurgicaux. En filigrane dans tous ces changements, on discerne que les Canadiens considèrent toujours le dossier de la santé comme un des plus importants.

Plus que tout autre élément du système de santé, le coût des médicaments au Canada monte rapidement. La médication a récemment remplacé l’effectif médical comme deuxième article de dépense en importance dans ce système. Le financement de la santé qui va aux hôpitaux diminue proportionnellement depuis 10 ans, mais cela n’empêche pas la demande de services pharmaceutiques de continuer à s’élever. Joint à la pénurie de pharmaciens, le phénomène a mené à une insuffisance chronique de l’offre de services de pharmacie. Notre rapport dénombre 228 postes vacants de pharmaciens d’hôpitaux au 31 mars 2002; c’est le nombre le plus considérable jamais relevé depuis le début de notre sondage.

En 1999 aux États-Unis, l’Institute of Medicine a produit le rapport To Err is Human2 , où il mettait le système de santé au défi de réduire les erreurs de médication en général et de rendre plus sûre l’utilisation de médicaments en particulier. Ce document et d’autres ont mieux sensibilisé les professionnels de la santé et le grand public à l’importance des questions de sécurité des patients, ainsi qu’aux perspectives d’amélioration de l’innocuité médicamenteuse. Dans le sondage de cette année, nous avons recueilli des données sur les systèmes de déclaration des erreurs de médication et les stratégies de réduction de ces erreurs. Janet Harding et Patricia Lefebvre indiquent que leur but en la matière était d’étendre l’examen des systèmes d’utilisation de médicaments dans les hôpitaux canadiens et de diminuer les probabilités qu’un patient soit victime d’une erreur de médication. Les systèmes de distribution de doses unitaires, les programmes de distribution centralisée d’additifs pour solutés, les rapports d’administration de médicaments (RAM) informatisés en pharmacie et les services cliniques progressifs sont autant de preuves que les pharmaciens jouent un rôle de premier plan dans le mouvement d’amélioration de la sécurité des systèmes d’utilisation de médicaments. Les renseignements que livre notre article principal montrent bien qu’ils ont la possibilité de garder ce rôle. Ils devraient inciter les pharmaciens à relever le défi d’une collaboration avec les autres soignants à la plus grande sécurisation possible de nos systèmes d’utilisation de médicaments.

Par ailleurs, Neil Johnson nous éclaire dans le présent rapport sur la gestion des ressources humaines dans les pharmacies hospitalières canadiennes. Ses données illustrent le problème grandissant des pénuries de ressources humaines de pharmacie hospitalière au pays. On peut voir que celles ci ont nettement fait monter la rémunération des pharmaciens d’hôpitaux et orienté les employeurs dans leurs efforts d’adoption de stratégies de recrutement et de maintien en poste de pharmaciens compétents. Il est probable que cette main-d’œuvre qualifiée devienne encore plus déficitaire et que les pharmaciens hospitaliers soient encore moins capables d’assurer des services complets et de grande qualité qui soient axés sur le patient.

Abordant un autre thème, Steve Long a su évoquer un certain nombre de changements importants dans des systèmes de distribution de médicaments aux patients hospitalisés qui pourtant n’évoluent pas rapidement. Depuis que nous avons produit notre dernier rapport, le recours à la technologie d’automatisation de la distribution de doses unitaires a presque doublé. Le nombre de pharmacies satellites a largement progressé, et il est devenu courant que des techniciens (aussi appelés assistants-techniques) vérifient les préparations médicamenteuses d’autres techniciens. Steve dégage en outre les tendances des achats de médicaments et décrit notamment la montée rapide des coûts de la médication. Les répondants indiquent que ces coûts ont augmenté de presque 1,5 million depuis 1999 2000 sans que la taille des établissements hospitaliers ait changé outre mesure, ni le nombre de jours-patients et de visites en clinique.

Ce que décrit Jean François Bussières comme le cœur et l’avenir de la profession, les services de pharmacie clinique, continue à prendre moins de 40 % du temps de pratique du pharmacien. Le rapport 2001 2002 précise que la valeur des services de pharmacie clinique est toujours reconnue, puisque ces services sont toujours en progression tant pour les heures qui y sont consacrées que pour la diversité et la complexité des activités qui s’exercent.

Nous avons parlé la dernière fois dans ce rapport des services d’information pharmacothérapeutique il y a quatre ans. Dans le sondage 2001 2002, nous posons de nouvelles questions pour une appréciation des ressources affectées aux services d’évaluation de l’utilisation de médicaments, ainsi que du soutien prêté par des non-pharmaciens tant aux services d’information pharmacothérapeutique qu’à ces services d’évaluation. Nancy Roberts passe les données en revue et résume les grandes constatations faites.

Dans les deux derniers rapports sur les pharmacies hospitalières, nous avons livré pour la première fois les résultats d’un nouvel exercice d’élaboration d’indicateurs repères pour une analyse comparative des départements de pharmacie au pays. Le Dr Kevin Hall a analysé les données obtenues des grands établissements de soins de courte durée et des hôpitaux spécialisés. Par une analyse de sous-ensembles de données, il a voulu accroître l’utilité de l’information à des fins d’analyse comparative des établissements. Son article indique que les résultats du volet des données de référence selon les programmes pour 2001 2002 se trouvent à valider la méthodologie appliquée dans les deux sondages précédents d’analyse comparative. Ces résultats démontrent que, depuis deux ans, les coûts tant des effectifs que des médicaments ont augmenté. Dans cet article, on présente enfin divers indicateurs par programme de pharmacie pour ces deux catégories de coûts.

En publiant des rapports et en réunissant les chefs de file du domaine de la pharmacie dans tout le pays en vue d’une constatation et d’un examen des tendances nouvelles de la pratique de la pharmacie hospitalière, le Comité de rédaction nous dit ce qu’a été le passé et ce que pourrait être l’avenir de cette pratique. Nous espérons vivement que l’information du présent rapport aidera les gestionnaires en pharmacie dans l’exercice de leurs fonctions.


Bibliographie
1Building on Values: The future of Health Care in Canada-Final Report, Commissioner Roy J Romanow Q.C. Nov 2002, http://www.healthcarecommission.ca

2Kohn LT, Corrigan JM, Donaldson MS, eds. To Err is Human: Building a Safer Health System. Washington, DC: National Academy Press; 1999.