Une erreur de médication
est tout événement susceptible d’être
prévenu qui peut donner lieu ou aboutir à une mauvaise
utilisation de médicaments ou à un préjudice
des patients pendant que la médication est assurée
par le professionnel de la santé, le patient ou le consommateur.
Ces erreurs peuvent tenir aux pratiques professionnelles, aux
produits pharmaceutiques , aux procédures ou aux systèmes.
La prescription de médicaments, la communication des ordonnances,
l’étiquetage, le conditionnement ou la nomenclature
des produits, la préparation de composés, l’exécution
d’ordonnances, la distribution ou l’administration
de médicaments, l’éducation, la surveillance
ou l’utilisation peuvent être en cause1
.
Dans sa publication
de 1999, To Err is Human, l’Institute of Medicine
(IOM) a mis le système de santé au défi de
rendre plus sûre l’utilisation de médicaments2
. Ce rapport a mieux sensibilisé les professionnels de
la santé et le grand public à tout ce qui est sécurité
des patients et perspectives d’amélioration de cette
sécurité. Il s’est aussi intéressé
aux lacunes d’une culture punitive des soins qui blâme
les gens pour les erreurs qui se commettent et concourt à
notre incapacité de déceler les problèmes
de systèmes qui rendent plus probables les erreurs de médication.
Dans son rapport de 2002 « Accroître la sécurité
du système : Une stratégie intégrée
pour améliorer la sécurité des patients dans
le système de santé canadien 3»
, le Comité directeur national sur la sécurité
des patients réaffirme la nécessité de rendre
plus sûrs les services de santé au pays.
Dans le sondage de
cette année, nous nous sommes enquis par un volet spécial
de l’existence de systèmes de déclaration
des erreurs de médication et de stratégies destinées
à combattre ces erreurs. En réunissant et communiquant
ces renseignements, nous voulons que les hôpitaux canadiens
examinent davantage leurs systèmes d’utilisation
de médicaments et visons à diminuer les risques
qu’un patient ou un travailleur de la santé soit
victime d’une erreur de médication.
Systèmes
de déclaration
Dans son code de pratique,
la Société canadienne des pharmaciens d’hôpitaux
(SCPH) dit : « Le département de pharmacie participe
à un programme visant à signaler les erreurs de
médication et les incidents relatifs aux médicaments,
conformément aux Lignes directrices sur la déclaration
des erreurs de médication et des incidents relatifs aux
médicaments de la SCPH. 4»
Dans une proportion de 92 %, les établissements (tableau
G 1) ont déclaré utiliser un système de déclaration
des erreurs de médication; 73 % d’entre eux (83/113)
disposaient d’un système interne et 25 % (28/113),
d’un système externe. EnconMD, système fourni
par un assureur en responsabilité civile, était
le système extérieur le plus souvent déclaré.
Tel était particulièrement le cas en Ontario où
presque la moitié des établissements répondants
(49 %, 17/35) ont dit l’employer. Deux hôpitaux ont
indiqué qu’ils utilisaient un système de l’Institute
for Safe Medication Practices (ISMP) avec le logiciel Analyse-ERR
conçu conjointement par ISMP aux États-Unis et son
pendant canadien en vue de faciliter le contrôle et l’analyse
des erreurs de médication dans les établissements.
Dans le cas des hôpitaux
ayant dit employer un système de déclaration, le
groupe extérieur auquel les données étaient
le plus souvent communiquées était le groupe hospitalier
régional, (22 %, 25/113) qui était suivi à
cet égard de l’assureur de l’hôpital
(15 %, 17/113) et du groupe hospitalier provincial (8 %, 9/113).
Sur les 9 établissements répondants qui communiquaient
leurs données à un groupe hospitalier provincial,
6 appartenaient à la région de l’Atlantique.
Il y a 7 établissements qui ont indiqué que leurs
données étaient mises à la disposition d’autres
organismes comme ISMP. Sur ce nombre, 6 étaient des hôpitaux
ontariens. L’explication en est peut-être que le projet
pilote d’essai d’Analyse-ERR par ISMP Canada a été
réalisé en collaboration avec les hôpitaux
de cette province. Les hôpitaux communiquant leurs données
à des organismes extérieurs sont peu nombreux comme
aux États-Unis, où seulement 17 % des établissements
ont dit faire connaître leurs erreurs de médication
au U.S.P. Medication Error Reporting Program et 16 %, à
ISMP5 . Avec cette déclaration extérieure des erreurs,
on vise fondamentalement à tirer des leçons de l’expérience
d’autrui et à apporter des améliorations au
système d’utilisation de médicaments pour
empêcher que les erreurs ne se reproduisent. La Coalition
canadienne pour la déclaration et la prévention
des incidents médicamenteux a récemment élaboré
un projet de système national de déclaration destiné
à faciliter cette démarche de prévention
6.
Il y a 94 % (106/113)
des répondants ayant un système de déclaration
qui ont dit que ce système était exigé par
leur hôpital et 26 % (29/113), par l’assureur de l’établissement;
12 % (14/113) ont par ailleurs dit être tenus de communiquer
leurs données au gouvernement provincial; 18 % enfin (20/113)
ont indiqué que la formule de déclaration qu’ils
utilisaient leur était imposée par les autorités
provinciales. Ces données ne sont cependant pas concluantes,
car ce ne sont pas tous les hôpitaux d’une même
province qui ont fait part de telles exigences. Une proportion
de 84 % (95/113) des répondants ayant un système
de déclaration ont signalé qu’ils employaient
une formule de déclaration imposée par leur établissement.
Dans 88 % des hôpitaux
ayant un système de déclaration, on mentionne l’existence
d’une politique écrite de l’hôpital obligeant
le personnel à produire un rapport en cas d’erreur
de médication. La presque totalité des répondants
(94 %) ayant un système de déclaration ont dit que
ces rapports identifiaient la personne qui déclarait l’erreur.
Une proportion de 49 % des hôpitaux non universitaires répondants
ont indiqué que les rapports nommaient la personne à
l’origine de l’erreur de médication comparativement
à 28 % des hôpitaux d’enseignement déclarants.
On précisait que les auteurs des rapports étaient
le personnel infirmier (99 %, 112/113), les pharmaciens (95 %,
107/113), les médecins (21 %, 24/113) et d’autres
(18 %, 20/113); on précisait aussi que ces « autres
» étaient principalement des techniciens de pharmacie.
Il était plus fréquent que les médecins déclarent
les erreurs de médication dans les établissements
d’enseignement (34 %, 17/50) que dans les établissements
non universitaires (11 %, 7/63). Une proportion de 76 % des répondants
ayant un système de déclaration ont indiqué
qu’une politique écrite de leur hôpital définissait
clairement les erreurs de médication à déclarer.
Des proportions respectives
de 21 % et 27 % des répondants ayant un système
de déclaration ont mentionné des erreurs de prescription
décelées en pharmacie avant l’exécution
de l’ordonnance et à l’occasion d’une
dernière vérification effectuée par le personnel
de pharmacie. La mention de ces deux types d’erreurs était
plus fréquente dans les hôpitaux d’enseignement
et les établissements de plus de 500 lits. Presque tous
les répondants ayant un système de déclaration
(96 %) ont signalé des erreurs se produisant avant l’administration
aux patients et constatées dans les secteurs de soins aux
patients. De même, 77 % (40/52) des établissements
universitaires répondants ont dit que l’ensemble
du personnel pouvait se servir du système de déclaration
pour signaler les erreurs préjudiciables comparativement
à 58 % (41/71) des établissements non universitaires
déclarants.
La déclaration
des erreurs évitées de justesse et des événements
ou des circonstances préjudiciables nous éclaire
sur les faiblesses du système d’utilisation de médicaments
et peut orienter les efforts d’amélioration. Il semblerait
que, dans un grand nombre d’hôpitaux, on ne déclare
pas de tels incidents, plus particulièrement ceux qui sont
constatés à la pharmacie même. Ces établissements
sont privés d’une précieuse information qu’ils
pourraient exploiter pour se faire une idée des problèmes
susceptibles de se poser et pouvoir prévenir les erreurs
de médication.
On peut s’attendre
à ce que les erreurs soient sous-déclarées
si l’aboutissement d’une telle affaire est que des
gens sont blâmés. Un système non punitif de
déclaration des erreurs de médication où
on compte sur les gens pour signaler les erreurs sans redouter
ni les punitions ni les réprimandes et où on les
encourage à agir ainsi peut nous livrer des indications
importantes sur le système d’utilisation de médicaments.
Tel semblait être le cas dans 72 % des établissements
ayant un système de déclaration qui se disaient
simplement d’accord (61 %, 69/114) ou fortement d’accord
(11 %, 13/114) avec l’énoncé « Le personnel
déclare les erreurs de médication et en discute
librement sans craindre de représailles ». Toutefois,
27 % (31/113) des répondants se disaient partiellement
ou totalement en désaccord et 33 % signalaient que les
rapports d’erreur de médication pouvaient servir
à l’évaluation du rendement.
Les deux tiers des
établissements (68 %, 84/123) ont indiqué qu’ils
appliquaient des stratégies visant à accroître
la déclaration des erreurs de médication; 46 % (56/123)
recouraient à des réunions de service pour promouvoir
la déclaration, 38 % (47/123) faisaient connaître
au personnel les améliorations apportées à
la suite de rapports d’erreur, 16 % (20/123) avaient institué
des encouragements à la déclaration, 7 % (9/123)
avaient modifié les formules d’appréciation
de rendement pour récompenser la déclaration des
erreurs et 7 % encore (8/123) veillaient à ce que les rapports
d’erreur soient incommunicables en justice (selon ce que
prévoyaient les lois provinciales). L’Institute for
Health Care Improvement suggère aux organismes d’éliminer
les aspects démotivants de la détection des erreurs
en récompensant publiquement la déclaration, en
accordant l’immunité contre les punitions et en assurant
la confidentialité des rapports7 .
Une proportion de 85
% des répondants ayant un système de déclaration
ont indiqué qu’ils faisaient connaître les
erreurs de médication aux patients et/ou aux familles.
Le code de déontologie de la plupart des professions impose
comme responsabilité d’informer les patients de tout
événement ou incident imprévu susceptible
d’influer sur leur traitement et leur état de santé.
Il se peut toutefois que la crainte des poursuites empêche
les soignants de s’entretenir franchement de résultats
préjudiciables avec les patients et/ou les familles et
de leur faire connaître les erreurs de médication.
Il y a 29 % (33/113)
des établissements ayant un système de déclaration
qui ont dit que les rapports d’erreur de médication
étaient versés aux dossiers permanents de santé
des patients; 27 de ces 33 hôpitaux se situaient au Québec
où le législateur exige que ces rapports soient
mis au dossier des patients. Dans les provinces, le législateur
décide aussi si le rapport d’erreur de médication
est assignable en justice. Presque la moitié des répondants
(44 %, 50/113) ont dit ignorer si les rapports étaient
communicables ou incommunicables en justice. Dans le même
ordre d’idées, 71 % (60/85) des établissements
disposant de comités d’examen des erreurs de médication
ignoraient si les examens de ces comités étaient
assignables en justice.
Examen des
erreurs de médication
Par le passé,
la déclaration des erreurs de médication a souvent
été hautement cloisonnée. Les erreurs tenant
foncièrement à des failles de système appliqués
dans tout l’hôpital étaient constatées
et redressées à l’intérieur même
des diverses professions ou services hospitaliers. Que l’on
ait une structure commune de déclaration s’articulant
autour d’un noyau nettement désigné, à
savoir l’équipe multidisciplinaire de la sécurité
des patients, est l’amorce de l’amélioration
de la qualité du système d’utilisation de
médicaments. Une proportion de 69 % des établissements
(tableau G 2) ont déclaré qu’un comité
était officiellement chargé d’examiner les
erreurs de médication; 32 % de ces comités les examinaient
depuis moins d’un an, 28 % depuis 1 à 3 ans, 13 %
depuis 3 à 5 ans et 19 % depuis plus de 5 ans. Cette tendance
à un examen actif en comité des erreurs est encourageante.
Voici les comités que l’on a dit responsables de
l’examen des erreurs de médication : comités
de pharmacologie (56 %, 48/85), de pharmacie-soins infirmiers
(34 %, 29/85), de gestion des risques (28 %, 24/85), de gestion
de la qualité (20 %, 17/85), médical aviseur (16
%, 14/85) et de qualité des médicaments (13 %, 11/85).
Une proportion de 31 % (26/85) des établissements ont indiqué
que d’autres comités étaient chargés
d’un tel examen. La plupart des noms cités dans leur
cas semblent indiquer qu’ils s’occupent expressément
des pratiques de pharmacosécurité. De ces comités
faisaient partie des pharmaciens (94 %, 80/85), du personnel infirmier
(94 %, 80/85), des médecins (72 %, 61/85), des agents de
gestion des risques (68 %, 58/85), des cadres supérieurs
(45 %, 38/85), des agents de contrôle de la qualité
(26 %, 22/85), des techniciens en pharmacie (21 %, 18/85), des
analystes en systèmes d’information (12 %, 10/85)
et des spécialistes du génie biomédical (1
%, 1/85). Dans certains établissements, on y trouvait aussi
des membres du conseil d’administration, des responsables
de services de conseillers spirituels, des agents de prévention
des infections, des conseillers aux ressources humaines, des agents
de santé-sécurité et des représentants
syndicaux.
Voici ce qu’ont
signalé les établissements répondants comme
responsabilités de ces comités : examen des erreurs
de médication déclarées à l’interne
(91 %, 77/85), promotion d’améliorations du système
d’utilisation de médicaments (72 %, 61/85), recommandation
de politiques et de procédures de déclaration des
erreurs (68 %, 58/85), prise en charge des cas d’erreurs
de médication causant des traumatismes graves (62 %, 53/85),
analyse des causes profondes des erreurs (55 %, 47/85), tenue
ou organisation de séances d’information en matière
de pharmacosécurité (41 %, 35/85), examen des erreurs
de médication dont font état les études spécialisées
(36 %, 31/85) et autoévaluation du système de gestion
des médicaments (31 %, 26/85). Un répondant a évoqué
le rôle essentiel consistant à créer une culture
de sécurité au sein de l’établissement.
Une proportion de 35
% (39/113) des établissements répondants ayant un
système de déclaration (46 % des hôpitaux
d’enseignement et 25 % des hôpitaux non universitaires)
calculaient des taux d’erreur de médication. Les
dénominateurs les plus fréquents dans ce calcul
étaient les doses (41 %, 16/39), les jours-patients (31
%, 12/39), les hospitalisations (28 %, 11/39) et les heures rémunérées
des assistants-techniques en pharmacie (8 %, 3/39). On peut se
reporter aux taux d’erreur de médication d’un
établissement pour constater les tendances et les perspectives
d’amélioration du système en place. Il faut
néanmoins décourager toute analyse comparative de
tels taux à la dimension du système de santé
ou à l’échelle interhospitalière. Un
taux d’erreur dégagé sur la base de déclarations
volontaires ne saurait être considéré comme
une mesure de la sécurité des patients, puisqu’il
variera selon le degré de promptitude et de régularité
de la déclaration des erreurs dans un établissement
8.
Les hôpitaux
d’enseignement déclarants étaient plus susceptibles
que les établissements non universitaires de renseigner
le personnel général des soins sur les erreurs internes
de médication. Les grands hôpitaux (plus de 500 lits)
avaient aussi plus de chances de communiquer une telle information
que les hôpitaux moyens (201 à 500 lits) ou petits
(100 à 200 lits). On faisait plus volontiers connaître
les erreurs de médication au personnel général
des soins dans les hôpitaux d’enseignement que dans
les établissements non universitaires. Comme moyens de
communication, on employait notamment les bulletins d’information
(42 %, 52/123), le réseau de diffusion interne (38 %, 47/123)
et les « tournées formelles » (12 %, 15/123).
On a aussi fait mention des tableaux d’affichage, des réunions
du personnel, de la documentation dans les livres de communication
sur les unités de soins , des systèmes de courrier
électronique, des messageries internes et des sites intranet
des pharmacies des hôpitaux. Il est certes encourageant
de constater que le personnel en général est mis
au courant des erreurs de médication, mais il y a encore
tout à fait lieu d’améliorer les choses, car
près de la moitié des établissements répondants
ne renseignaient leur personnel général ni sur les
erreurs internes de médication ni sur les erreurs mentionnées
dans les publications. Il y a 63 % (78/123) des répondants
qui recevaient le bulletin d’information de l’Institute
for Safe Medication Practices (ISMP), publication qui propose
de bonnes stratégies de lutte aux erreurs de médication.
Le document «
Medication-Use-System Safety Strategy » de l’American
Society of Health-System Pharmacists (ASHP) détaille les
responsabilités et les tâches professionnelles d’un
agent responsable de la sécurité du système
de gestion des des médicaments, ainsi que la composition
d’équipes efficaces de sécurité dans
ce domaine 9. Une proportion de 21 % (26/123) des établissements
répondants ont dit avoir directement créé
des postes pour le contrôle des erreurs de médication.
Dans les 26 établissements en question, ces postes étaient
occupés par du personnel infirmier dans 35 % des cas (9/26)
et des pharmaciens dans 23 % (6/26); la moitié (13/26)
confiaient ces postes à d’autres personnes, les agents
de gestion de risques étant le plus souvent cités
à cet égard. Les ETP affectés à de
tels postes variaient de 0,05 à 0,10 chez les pharmaciens,
de 0,05 à 1,00 chez le personnel infirmier et de 0,10 à
2,00 chez les autres. La responsabilité de l’innocuité
des médicaments devrait faire partie intégrante
de la pratique en pharmacie et, d’après les données,
il y a lieu d’associer davantage les pharmaciens à
cette fonction de sécurité.
Stratégies
de réduction des erreurs de médication
Sélection,
approvisionnement et stockage
Un conditionnement
et un étiquetage qui sont incertains, indistincts et difficiles
à différencier de ceux de produits ayant un nom
ou une forme analogue concourent aux risques d’erreur de
distribution ou d’administration de médicaments.
L’étiquetage surchargé, la couleur, le contraste,
les mises en garde et les avertissements, la terminologie, les
caractères et la forme de l’emballage sont des facteurs
à prendre en considération lorsqu’on achète
et entrepose des produits pharmaceutiques 10. Une proportion de
71 % des répondants (tableau G 3) ont dit tenir compte
dans leurs décisions d’approvisionnement des risques
d’erreur de médication par le conditionnement et
l’étiquetage. Seulement 29 % faisaient de même
pour les produits s’ajoutant à la liste de médicaments
(formulaire), soit 7 % des petits établissements (100 à
200 lits), 25 % des grands (plus de 500 lits) et 41 % des moyens
(201 à 500 lits).
Il est possible que
des médicaments de réserve d’étage
soient administrés avant qu’un pharmacien n’examine
l’ordonnance et le profil du patient. L’ASPH suggère
d’approuver les stocks d’étage en fonction
de deux critères, ceux du caractère préjudiciable
et de la nécessité médicale d’un accès
immédiat 11. Une proportion de 36 % des répondants
ont indiqué que les médicaments s’ajoutant
aux stocks des étages faisaient l’objet d’un
examen à l’aide de critères convenus.
Le 24 juillet 2002
aux États-Unis, la Joint Commission on Accreditation of
Healthcare Organizations (JCAHO) a produit pour 2003 six énoncés
d’objectifs nationaux de sécurité des patients.
Un de ces objectifs consistait à rendre plus sûrs
les médicaments de grande vigilance; on recommandait de
retirer les électrolytes concentrés (entre autres
le chlorure et le phosphate de potassium et le chlorure de sodium
à plus de 0,9 %) des unités de soins aux patients
12. Un récent décès en Ontario par injection
accidentelle de chlorure de potassium concentré, avec l’enquête,
l’inculpation de négligence criminelle et la publicité
médiatique qui ont suivi, a permis de faire l’éducation
du public canadien. Il n’y a que 8 % des répondants
qui aient dit que les unités de soins infirmiers ne disposaient
pas sur place de chlorure de potassium concentré; 31 %
ont indiqué que de ce concentré était disponible
dans moins de 10 % des postes infirmiers et plus de la moitié
(54 %), dans 10 % de ces unités et plus. Les conséquences
souvent tragiques de l’administration de cet agent à
l’état concentré et la disponibilité
générale de prémélanges de chlorure
de potassium par voie intraveineuse font que les hôpitaux
devraient sérieusement songer à adopter cette règle
pour la sécurité de leurs patients.
Prescrire ou
établir et transcrire une ordonnance
On peut prévenir
tout risque de confusion au sujet des médicaments que doit
prendre un patient après une intervention chirurgicale
en exigeant du médecin qu’il établisse une
ordonnance complète après une anesthésie
générale. Les ordonnances où on se contente
de dire que toute la médication antérieure doit
être reprise prêtent à interprétation
et ne devraient pas être acceptées 13. Une proportion
de 82 % des établissements (tableau G 4) ont déclaré
qu’ils obligeaient les médecins à prescrire
à nouveau des médicaments après l’anesthésie
générale.
L’articulation,
le jargon, l’accentuation et les bruits de fond accroissent
les risques qu’une ordonnance soit, en cas de communication
verbale, mal comprise, interprétée ou transcrite.
Ce qui vient compliquer les ordonnances verbales, ce sont les
milliers d’appellations de médicaments qui se ressemblent
et de chiffres faciles à confondre. Il y a 64 % des établissements
qui ont dit qu’il ne pouvait y avoir d’ordonnances
verbales ou téléphoniques que dans les situations
où le patient était en danger et où le médecin
était incapable de prescrire par écrit. Grâce
à la technologie des communications électroniques,
on se rapproche du but d’une élimination de telles
ordonnances, mais il est improbable qu’on en vienne à
littéralement abolir la communication verbale d’ordonnances,
aussi tous les soignants devraient-ils bien connaître les
pratiques qui favorisent une communication verbale fidèle
et sans danger 14. Les problèmes se compliquent encore lorsqu’un
pharmacien accepte une ordonnance verbale d’un soignant
autre que le prescripteur. Dans 94 % des cas (49/52), les hôpitaux
universitaires répondants ont indiqué qu’un
pharmacien examine le plus souvent les ordonnances des médecins
(originaux, copies carbone, télécopies ou mécanogrammes)
avant leur exécution comparativement à 83 % (59/71)
des établissements non universitaires.
Il y a 86 % des établissements
qui ont déclaré disposer d’un cadre officiel
d’examen et d’approbation des ordonnances préimprimées;
74 % ont précisé que ce contrôle s’étendait
aux tableaux et schémas posologiques de perfusion et 56
%, qu’il y avait un cadre d’examen et d’approbation
des séries ou blocs d’ordonnances des médecins
(pour leur saisie informatique). Le personnel médical et
infirmier et les pharmaciens sont enclins à accepter tels
quels les ordonnances préimprimées, les tableaux
et schémas posologiques de perfusion et les séries
d’ordonnances des médecins. Les soignants auront
moins tendance à poser des questions s’ils supposent
qu’on a déjà vérifié l’exactitude
des ordonnances et des tableaux. Ces formes d’uniformisation
de la prescription de médicaments aident largement à
réduire les erreurs au minimum, mais il importe tout autant
de pouvoir s’appuyer sur un mécanisme qui garantisse
la sûreté de leur utilisation 15.
Les abréviations
sont depuis longtemps source d’erreurs de médication
16. On sait le tort que peut causer au patient le u (unités)
vu comme un zéro (0) ou le q.d. (tous les jours) confondu
avec le qid (4 fois par jour). Avec le deuxième énoncé
d’objectif national de sécurité des patients
pour 2003 (JCAHO), on vise à rendre plus efficaces les
communications entre les soignants et recommande de normaliser
les abréviations, sigles et symboles à l’échelle
de l’organisme en dressant la liste des mentions et symboles
à proscrire. Il n’y a que 23 % des établissements
qui ont déclaré disposer d’une liste officielle
d’abréviations dangereuses à ne pas employer.
Les agents de chimiothérapie
ont fréquemment à voir avec les erreurs en raison
de la complexité et de la grande diversité des schémas
posologiques. Une des façons possibles de diminuer les
risques d’erreur de médication est de veiller à
ce que les ordonnances dans ce domaine indiquent à la fois
la dose par surface ou poids corporel et la quantité calculée17
pour ainsi faciliter une seconde vérification indépendante
du calcul posologique par le personnel infirmier et les pharmaciens.
Une proportion de 76 % des établissements assurant des
services de chimiothérapie aux adultes (71/93) ont signalé
que les ordonnances faisaient état à la fois de
la dose totale et de la dose en mg/kg ou en mg/m2. Cette pratique
était plus répandue dans les petits (100 à
200 lits) et moyens (201 à 500) établissements que
dans les grands (plus de 500). Elle était plus souvent
adoptée par les hôpitaux d’enseignement que
par les hôpitaux non universitaires selon les déclarations
de ces établissements. Il y avait 52 établissements
qui faisaient de la chimiothérapie pédiatrique.
À l’instar des établissements ayant des services
de chimiothérapie pour adultes, les établissements
ont indiqué dans une proportion de 79 % que leurs ordonnances
précisaient à la fois la dose totale et la dose
en mg/kg ou mg/m2. Le taux de réponse à cette question
a été plus élevé dans les petits établissements
que dans les moyens et les grands. Les réponses affirmatives
à la question étaient aussi plus fréquentes
dans les hôpitaux non universitaires que dans les hôpitaux
d’enseignement; la situation était inverse dans le
cas des ordonnances de chimiothérapie des adultes.
L’implantation
de systèmes de saisie électronique des ordonnances
par les médecins (SEOM) a acquis ses lettres de noblesse
comme mesure propre à largement diminuer la fréquence
des erreurs de médication et à accroître la
sécurité des patients. Il n’y a que neuf établissements
qui aient déclaré disposer d’un SEOM opérationnel;
tous étaient des hôpitaux d’enseignement et
représentaient 17 % de l’ensemble des hôpitaux
universitaires. Un total de 17 établissements répondants
ont dit pour leur part avoir déjà un plan approuvé
d’implantation d’un SEOM. On ne relevait aucune différence
entre hôpitaux d’enseignement et établissements
non universitaires dans ce groupe, mais les grands hôpitaux
ont été proportionnellement plus nombreux à
dire qu’ils disposaient d’un plan approuvé
d’implantation. Il n’y en avait cependant pas en Saskatchewan
ni dans les provinces de l’Atlantique. Une enquête
nationale réalisée en 2001 par l’ASHP a révélé
que 4,3 % des hôpitaux américains s’étaient
dotés de systèmes d’entrée des ordonnances
par les prescripteurs; on ne s’étonnera pas que les
grands hôpitaux aient été bien plus nombreux
à déclarer des SEOM que les établissements
de moindre taille 18.
Dans les neuf établissements
ayant un SEOM opérationnel, trois de ceux ci étaient
en interface avec le système d’information en pharmacie
(SIP). Les chiffres sont modestes au Canada, ce qui contraste
avec les données de l’enquête de l’ASHP
qui nous disent qu’environ les trois quarts des hôpitaux
disposant d’un SEOM avaient aussi des liaisons permettant
de transférer les données du système d’entrée
des ordonnances par les prescripteurs au système d’information
en pharmacie. Cela a peut-être à voir avec la fréquence
des systèmes panhospitaliers aux États-Unis. L’obligation
de réintroduire les ordonnances dans le système
informatique de pharmacie est inutile et vient tout simplement
s’ajouter comme source d’erreurs. Les systèmes
d’information qui prévoient une telle interface devraient
être considérés comme faisant partie intégrante
du SEOM. Trois établissements ont signalé un SEOM
en intégration avec un système informatisé
d’aide à la décision clinique. L’enquête
américaine a indiqué que 91,2 % des hôpitaux
exigeaient des pharmaciens préalablement à toute
distribution qu’ils vérifient les ordonnances versées
dans le SEOM. Il n’y a que 4 des 9 établissements
ayant déclaré un SEOM opérationnel qui aient
indiqué qu’une ordonnance introduite dans leur SEOM
ne pouvait être exécutée tant qu’elle
n’avait pas été examinée par un pharmacien.
Il faut peut-être tenir compte ici comme explication de
la nature des ordonnances reportées des SEOM aux systèmes
de pharmacie et de ce que les médicaments des stocks d’étage
soient inclus ou non.
Préparation,
exécution et administration
La hiérarchie
du personnel de soins peut avoir pour effet de dissuader les autres
soignants de poser des questions au sujet des ordonnances des
médecins 19. L’ISMP indique qu’une communication
lacunaire, souvent causée par l’intimidation, joue
comme facteur dans environ 10 % des erreurs graves qui se glissent
dans l’administration de médicaments. L’organisme
suggère aux établissements de se doter d’un
cadre qui énonce clairement les mesures à prendre
pour régler les différends en pharmacothérapie
20. Une proportion de 53 % des établissements (tableau G
5) ont déclaré qu’une politique écrite
de l’hôpital accordait au personnel infirmier et aux
pharmaciens le droit de refuser de donner suite à une ordonnance
de médecin s’il existait un risque pour la sécurité
du patient.
Dans une proportion
de 59 %, les établissements répondants ont dit que,
le plus souvent, on connaissait les allergies d’un patient
avant d’exécuter une ordonnance en pharmacie à
son intention; dans 34 % des cas, les établissements vérifiaient
préalablement les allergies du patient une partie du temps
seulement. Lesar et coll. ont révélé que
12,1 % des erreurs de prescription qui se produisaient dans un
hôpital tenaient au défaut du prescripteur de vérifier
les allergies de son patient au groupe de médicaments en
question 21. On voit bien ainsi l’importance pour le pharmacien
de voir dans le profil de son patient quelles sont les réactions
allergiques possibles avant de lui administrer un médicament
22.
On se trouvera à
soumettre l’exécution d’une ordonnance à
une double vérification si on compare le médicament
à l’ordonnance du médecin (et non pas au profil
du patient ni à l’étiquette produite par ordinateur)
avant d’administrer ce médicament la première
fois. Dans une proportion de 78 %, les établissements ont
dit exercer ce contrôle renforcé le plus souvent
ou une partie du temps. L’utilisation d’unités
de distribution automatisée dans les secteurs de soins
aux patients influerait sur la réponse donnée à
cette question.
L’héparine,
l’insuline, la morphine et les inotropes sont considérés
comme des médicaments de grande vigilance dont les erreurs
de prescription ont des conséquences souvent plus fâcheuses
que celles d’autres médicaments. L’uniformisation
des concentrations de perfusion est un moyen que l’on peut
employer pour diminuer les risques d’erreur de calcul 23.
C’est ce qu’on a fait le plus dans le cas de l’héparine;
82 % des établissements ont déclaré qu’une
seule concentration type de perfusion était utilisée
dans au moins 90 % des cas. La disponibilité de prémélanges
d’héparine par voie intraveineuse a probablement
contribué à la généralisation de cette
pratique. Une proportion de 54 % des hôpitaux d’enseignement
ont dit employer une concentration type d’insuline par voie
intraveineuse dans au moins 90 % des cas comparativement à
39 % (28/71) des établissements sans vocation universitaire.
Il y a 39 % des établissements qui faisaient de même
dans le cas de la morphine et, à cet égard, on ne
relevait aucune différence appréciable entre les
hôpitaux d’enseignement et les établissements
non universitaires. Enfin, 61 % des établissements ont
déclaré une pratique semblable pour les inotropes.
Ce sont les hôpitaux de taille moyenne (201 à 500
lits) qui ont dit faire le plus usage de concentrations types
uniques d’inotropes, de morphine et d’insuline par
voie intraveineuse.
La vincristine d’injection
en minisacs peut empêcher une administration intrathécale
accidentelle24 .Une proportion de 89 % des établissements
ont dit préparer la vincristine; 31 % (28/89) ont indiqué
qu’ils l’administraient en minisacs d’injection
ou en sacs de perfusion. Les établissements peuvent prendre
d’autres mesures pour rendre moins fréquentes de
telles erreurs tragiques de médication, mais ils devraient
sérieusement songer à des « passages obligés
» (il est en effet improbable que le contenu d’un
minisac soit administré par voie intrathécale).
Contrôle
Dans une proportion
de 83 %, les établissements (tableau G 6) ont déclaré
avoir établi et appliquer des critères de contrôle
de l’auto-administration d’analgésiques par
le patient. Les narcotiques étant considérés
comme des médicaments de grande vigilance comme nous l’avons
déjà mentionné, des critères de contrôle
bien définis sont de nature à diminuer les risques
pour les patients par erreur de concentration, de taux de dose,
d’agent ou de voie d’administration et par activation
de pompe d’autoanalgésique par un tiers.
Pour orienter les efforts
en vue de rendre les erreurs de médication moins fréquentes
et d’accroître la sécurité des patients,
on se doit de constater les problèmes liés aux produits
pharmaceutiques, aux conditions de travail, aux procédures,
à l’appareillage, etc. Un des moyens à notre
disposition pour recueillir ce genre de données est la
déclaration volontaire des erreurs de médication
commises ou évitées de justesse. Il y a 24 % (29/123)
des établissements qui ont déclaré faire
de l’observation au hasard pour constater la fréquence
des erreurs de médication; 15 % (18/123) ont évoqué
un contrôle sélectif des examens de laboratoire et
9 % (11/123), un examen des dossiers des patients pour y relever
toute utilisation d’antidotes. Enfin, 58 % (71/123) des
répondants ont indiqué n’employer aucune autre
méthode pour contrôler la fréquence de telles
erreurs.
Un important moyen
de rendre les erreurs moins probables est de mettre de l’information
pharmacothérapeutique utile à la disposition de
tous les soignants associés au système de gestion
de médicaments. Une proportion de 87 % (106/123) des établissements
ont déclaré que, avant toute administration de nouveaux
’agents , une telle information était communiquée
à toutes les unités de soins infirmiers utilisatrices
si les renseignements en question ne figuraient pas déjà
dans le CPS (SIP); 79 % (97/123) faisaient de même pour
les médicaments hors liste qu’on ne retrouvait pas
dans le CPS . Les proportions correspondantes étaient de
83 % (101/123) pour les médicaments en expérimentation
et de 77 % (95/123) pour les médicaments disponible via
un programme d’accès spécial.
On a vu dans le codage
à barres un moyen technique susceptible de prévenir
les erreurs d’administration de médicaments, d’accroître
l’efficience du système d’utilisation et d’améliorer
la sécurité générale des patients25,26.
Il y a 13 établissements (surtout de grands hôpitaux
d’enseignement) qui ont dit y recourir dans leur système
d’utilisation de médicaments. L’usage le plus
fréquent de ce codage qu’on ait déclaré
était la vérification du contenu des armoires de
distribution automatisée. On s’en servait aussi pour
le renvoi de doses à la pharmacie, la vérification
du contenu des plateaux de doses unitaires et le contrôle
de sélection de médicaments avant la sortie de pharmacie.
Aucun établissement n’a indiqué qu’il
était employé dans l’administration de médicaments
soit pour le contrôle de sélection avant l’administration,
soit pour l’identification du patient pendant l’administration.
L’enquête de 1999 de l’ASHP révèle
que 8,2 % des établissements faisaient du codage machine.
Comme au Canada, on codait le plus fréquemment dans le
pharmacotraitement et l’exécution des ordonnances.
Il n’y a que 14 % des établissements faisant du codage
machine qui s’en servaient pour vérifier la médication
au chevet des patients et 11 % pour consigner les données
au dossier de médication 27. Si le codage à barres
était normalisé sur tous les emballages de produits
pharmaceutiques (ce qui comprend les doses unitaires), le recours
à cette technologie s’étendrait dans le système
d’utilisation de médicaments.
Il y a 114 établissements
qui ont déclaré utiliser un système d’information
en pharmacie. Celui ci était largement mis au service du
contrôle des allergies (91 % des établissements utilisant
des systèmes informatiques), des « duplications thérapeutiques
(89 %) et des interactions médicamenteuses (88 %); 52 %
des établissements non universitaires et 30 % des hôpitaux
d’enseignement ont indiqué que le système
d’information en pharmacie servait au contrôle des
valeurs de laboratoire (modifications de posologie).
Qu’un système
informatique soit capable de produire automatiquement des avertissements
de dose maximale à l’entrée des ordonnances
est un bon moyen de diminuer les risques d’erreur humaine.
Le quart des établissements disposant d’un système
d’information en pharmacie ont déclaré l’utiliser
pour une telle production; 71 % (20/28) de ces répondants
ont parlé dans ce cas d’avertissements de dose maximale
pour les adultes, 68 % (19/28) pour les enfants, 61 % (17/28)
pour les nouveau-nés et 50 % (14/28) pour les patients
en oncologie. Il y a 10 % qui ont signalé que le système
d’information en pharmacie permettait de contrôler
les doses cumulatives et de produire automatiquement des avertissements
à ce sujet à l’entrée des ordonnances.
On semble sous-exploiter les possibilités qu’offrent
ces systèmes d’améliorer la sécurité
des patients. On devrait à tout le moins vérifier
s’ils sont capables, à l’entrée des
ordonnances, de produire des avertissements de dose maximale pour
les médicaments couramment administrés aux nouveau-nés
et aux enfants, ainsi que pour tous les médicaments utilisés
en oncologie.