Diverses professions
médicales se ressentent actuellement de pénuries
de ressources humaines. Ces dernières années, ces
pénuries en sont venues à influer considérablement
sur la pharmacie, et notamment sur la pharmacie hospitalière.
C’est un problème que l’on juge répandu
et qui cause des restrictions de services pharmaceutiques axés
sur le patient. Dans le rapport annuel de cette année,
nous présentons une des mesures les plus exhaustives du
manque de ressources humaines en pharmacie hospitalière
sur le territoire canadien.
Dotation en ressources humaines
Sur le marché
du travail actuel en pharmacie, il importe de distinguer les ressources
humaines prévues au budget des ressources effectives. À
cause du caractère dynamique de la dotation en ressources
humaines de pharmacie dans un tel contexte, plusieurs éléments
de mesure que livre notre rapport visent les ressources prévues
par opposition aux postes effectivement dotés. C’est
ainsi que les chiffres cités indiquent que les effectifs
de pharmacie sont en hausse au moment même où un
grand nombre d’établissements signalent d’importantes
pénuries de main-d’œuvre qualifiée.
Le tableau F 1 décrit
les ressources humaines prévues, les heures rémunérées
par jour-patient et les variations des effectifs en moyenne. Dans
l’ensemble, le nombre déclaré d’heures
rémunérées en pharmacie par jour-patient
en soins de courte durée (les résidents sont exclus)
a monté de 0,68 dans le rapport annuel de 1999 2000 à
0,74 dans le rapport de cette année. On peut voir au tableau
comparatif des provinces que ce même nombre s’est
élevé dans toutes les provinces sauf en Alberta.
Il a également progressé dans toutes les tranches
de taille des établissements hospitaliers, sauf dans la
tranche 100 200 lits où il est tombé de 0,66 à
0,64. On relève des hausses dans l’ensemble des établissements,
universitaires ou non, et pour tous les types de systèmes
de distribution de médicaments.
La moitié des
établissements (62/123) ont déclaré une augmentation
de leurs postes, 41 % (51/123) une absence de variation et 6 %
(7/123) une diminution. Des hausses ont été signalées
par 46 % (33/71) des hôpitaux non universitaires et 56 %
(29/52) des hôpitaux d’enseignement. Ces résultats
ressemblent à ceux du rapport annuel 1999 2000. Pour expliquer
ces augmentations, 52 % (32/62) des établissements ayant
déclaré des hausses ont parlé de changements
de programmes, 50 % (31/62) d’un alourdissement de la charge
de travail et 3 % (2/62) de possibilités d’activités
lucratives. La composition en pourcentage des effectifs prévus
de pharmacie est conforme à la répartition antérieurement
déclarée.
Les pharmaciens consacraient
environ 39 % de leurs heures de travail à des activités
cliniques (tableau F 3), mais selon les déclarations le
temps affecté aux activités de distribution est
tombé de 49 % dans le rapport annuel de 1999 2000 à
46 % dans le présent rapport. À cette diminution
du temps passé à distribuer des médicaments
ont fait contrepoids de petites augmentations pour les autres
activités hors soins aux patients et la recherche pharmaceutique.
Aspect intéressant, les pharmaciens des hôpitaux
sans vocation universitaire passent 5,5 % de leur temps à
enseigner, proportion qui ressemble fort à celle que déclarent
les hôpitaux d’enseignement (6,9 %).
Salaires
Les salaires déclarés
figurant au tableau F 4 sont ceux qui ont été versés
avant le 31 mars 2002. La masse salariale demeure dynamique à
cause des pénuries actuelles de main-d’œuvre
et, par conséquent, nos chiffres pourraient ne pas être
comparables aux chiffres salariaux d’aujourd’hui.
Dans bien des secteurs du domaine de la santé, la tendance
est nettement à une forte élévation de la
rémunération versée aux travailleurs de la
santé. Les dépenses moyennes par poste de pharmacie
en « équivalence temps plein » (ETP) ont monté
de 44 286 $ dans le rapport annuel de 1999 2000 à 49 298
$ dans le présent rapport. C’est bien plus que l’augmentation
du coût de la vie pendant la même période,
mais le phénomène pourrait en partie s’expliquer
par des variations de composition des établissements déclarants
dans diverses provinces.
Les établissements
répondants ont dit que les traitements des pharmaciens
étaient en forte hausse sur ceux que décrit le rapport
annuel 1999 2000. Les traitements maximaux moyens respectifs des
directeurs adjoints, des coordonnateurs, des pharmaciens titulaires
d’un B.Sc. et des pharmaciens titulaires d’un M.Sc.
ou d’un DPharm présentent un taux d’accroissement
de 12,2 % à 16,2 %. Les salaires maximaux déclarés
des techniciens se sont élevés en moyenne de 9,9
% et les hausses ne sont pas en corrélation étroite
avec la complexité des systèmes de distribution
employés. Le tableau F 5 indique les fourchettes de rémunération
des directeurs. Les établissements ont déclaré
que 56 % des directeurs de pharmacie gagnaient plus de 80 000
$ par an comparativement aux 19 % du rapport annuel 1999 2000.
Dans les établissements de plus grande taille, les directeurs
sont généralement mieux rémunérés
encore et, selon les déclarations, les salaires étaient
en hausse dans tous les secteurs de compétence et toutes
les tranches de taille des hôpitaux. La majoration appréciable
déclarée des salaires du personnel professionnel
s’explique par les pénuries actuelles de pharmaciens
au pays.
Il y a 77 % des établissements
répondants qui ont dit que le salaire de départ
d’un pharmacien titulaire d’un B.Sc. et sans expérience
était différent du dernier échelon salarial.
Le salaire de départ annuel déclaré était
en moyenne de 2 419 $ supérieur au dernier échelon
salarial. La moyenne s’établissait respectivement
à 3 072 $ et 5 672 $ pour les hôpitaux d’enseignement
et les hôpitaux comptant de 100 à 200 lits. Les réponses
étaient d’une haute variabilité et certains
établissements déclaraient des salaires de départ
inférieurs au dernier échelon salarial. Par ailleurs,
ils signalaient une différence moyenne de 69 $ par an (n=90)
dans le cas de la rémunération des techniciens de
pharmacie. On constate nettement que les établissements
répondants majorent les salaires qu’ils offrent aux
pharmaciens moins expérimentés en vue d’amener
les nouveaux diplômés à la pratique hospitalière.
Pénuries
de ressources humaines
Le présent rapport
chiffre les postes vacants et les heures de vacance pour toutes
les catégories d’emplois. On trouvera les résultats
aux tableaux F 9 et F 10. Il y a 60 % (72/120) des établissements
qui ont déclaré des postes vacants de pharmacien
au 31 mars 2002; c’est un peu moins que le taux de vacance
indiqué en 1999 2000 (69 %). Le pourcentage moyen d’heures
rémunérées de vacance déclaré
pour les pharmaciens était de 10,3 (intervalle 0 58,2 %)
et, au 31 mars 2002, le taux de vacance s’établissait
à 9,7 % (intervalle 0 51 %). Dans l’ensemble, les
établissements ont mentionné un total de 228 postes
vacants de pharmacien au 31 mars 2002 sur le territoire canadien.
Avec le nombre absolu de postes vacants déclarés,
on se trouve nettement à sous-estimer ce que devraient
être les pénuries de pharmaciens sur le territoire
compte tenu du taux de réponse à ce sondage. Ce
sont les établissements du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard
qui ont indiqué les plus hauts taux de vacance avec des
valeurs respectives de 13,1 % et 16,6 % pour les heures rémunérées
et les postes.
En revanche, il n’y
a que 15 % (18/119) des établissements répondants
qui aient parlé de vacance dans le cas des techniciens
au 31 mars 2002. Tant pour les heures rémunérées
que pour les postes, le taux de vacance déclaré
des techniciens était de moins de 2 %.
Chez les gestionnaires,
les taux correspondants de vacance étaient de 8,7 % (heures
rémunérées) et 7,6 % (postes). On relevait
les taux de vacance les plus élevés pour les postes
au Manitoba (19,4 %) et en Ontario (13,1 %).
La moyenne calculée
de durée déclarée de vacance était
de 210 jours chez les pharmaciens, valeur bien supérieure
à celle du rapport annuel précédent (122
jours). Elle s’établissait à 180 jours pour
les hôpitaux non universitaires (134 jours en 1999 2000)
et à 257 pour les hôpitaux d’enseignement (110
jours en 1999 2000). Il y avait vacance le plus longtemps dans
les hôpitaux de plus de 500 lits (258 jours) et le moins
longtemps dans les établissements de 100 à 200 lits
(121 jours). La durée moyenne de vacance déclarée
était de 53 jours dans le cas des gestionnaires. S’il
y a vacance plus longtemps dans les grands hôpitaux universitaires,
c’est peut-être en partie qu’une plus grande
spécialisation est nécessaire dans certains de leurs
secteurs de soins aux patients. De plus, dans certains secteurs
de compétence, on a assisté à une migration
du personnel sanitaire qualifié des hôpitaux urbains
hors des centres-villes vers les établissements de banlieue.
Les travailleurs de la santé pourraient ainsi rechercher
une meilleure qualité de vie professionnelle et personnelle
à un prix plus abordable.
Incidence sur
les soins aux patients
Les pénuries
de main-d’œuvre peuvent se solder par des réductions
de services. Il y a 60 % des établissements répondants
(tableau F 7) qui ont signalé avoir dû diminuer leurs
services dans la dernière année à cause de
pénuries de main-d’œuvre. Les proportions étaient
respectivement de 82 % et 75 % dans les hôpitaux de plus
de 500 lits et les hôpitaux d’enseignement. Sur le
nombre d’établissements ayant déclaré
une réduction de leurs services, 80 % (50/74) ont dit que
ces restrictions visaient les soins directs aux patients et les
services cliniques; 59 % (44/74) avaient dû retarder la
mise en route de programmes approuvés et 49 % (36/74) avaient
diminué les services d’enseignement. Étant
donné le besoin de pharmaciens, cette constatation d’une
baisse des services de formation dans les établissements
répondants est instructive. C’est un phénomène
qui devrait grandement influer sur la capacité des facultés
de pharmacie à produire des pharmaciens compétents
en plus grand nombre.
Recrutement
et maintien en poste
Des stratégies
de recrutement et de maintien en poste devraient faire partie
intégrante de la stratégie de gestion des ressources
humaines d’un département de pharmacie. Le tableau
F 8 énumère diverses stratégies appliquées
par les établissements ayant participé à
ce sondage annuel. Fait intéressant si on considère
les très graves pénuries de main-d’œuvre,
17 % (21/123) des établissements répondants ont
dit ne pas recourir à des encouragements en particulier
pour le recrutement du personnel et son maintien en poste. Ce
pourcentage était le plus élevé au Québec
(44 %, 13/36), dans les hôpitaux non universitaires (25
%, 18/71) et dans les hôpitaux de 100 à 200 lits
(24 %, 7/29). Les encouragements les plus fréquents étaient
les congés d’études payés (49 %), les
possibilités de participation à des conférences
(44 %), les indemnités de déménagement (41
%), les salaires de départ supérieurs aux échelons
salariaux des débutants (33 %) et les horaires souples
de travail (28 %). D’autres encouragements moins courants
étaient d’un usage relativement peu fréquent.
La fréquence des encouragements est la même que dans
le rapport annuel 1999 2000. Les établissements répondants
semblent faire appel à des stratégies relativement
classiques pour recruter du personnel et le maintenir en poste.
Ajoutons que les pharmacies déclarantes ne paraissaient
pas vouloir exploiter davantage les facteurs d’incitation
dans le cadre de leur planification des ressources humaines. L’influence
des syndicats et des associations en milieu hospitalier peut restreindre
la capacité d’un hôpital à innover en
matière d’encouragements au maintien en poste et
au recrutement.
Syndicats
Les établissements
ayant participé au sondage de 1999 2000 ont déclaré
que les pharmaciens faisaient partie d’un syndicat dans
67 % (77/115) des établissements. Cette année, le
taux de syndicalisation déclaré est de 59 % (72/123).
La variation s’explique probablement en partie par les réponses
proportionnellement plus nombreuses en provenance des hôpitaux
ontariens qui conservent le taux le plus bas de syndicalisation
des pharmaciens (34 %, 13/38). Le tableau F 6 présente
les taux de syndicalisation des divers groupes. Les répondants
ont dit que les gestionnaires étaient syndiqués
dans 24 % (29/123) des établissements et les techniciens
de pharmacie, dans 79 % (97/123).
Résumé